L’histoire de la réincarnation traverse des contextes très différents. Certains auteurs ont défendu une doctrine de transmigration, d’autres l’ont intégrée à une philosophie de l’âme, d’autres encore l’ont étudiée comme fait religieux ou comme objet de recherche. Les réunir n’implique donc pas qu’ils parlent exactement de la même chose.
Pythagore : la métempsycose dans le monde grec
Pythagore est l’une des plus anciennes figures grecques associées à la métempsycose. Les sources disponibles sont tardives et les détails de sa doctrine restent difficiles à reconstruire, mais la tradition pythagoricienne a joué un rôle majeur dans l’histoire occidentale des conceptions de la transmigration de l’âme.
Platon : destin de l’âme et nouvelles existences
Platon développe plusieurs récits eschatologiques dans le Phédon, le Phèdre, le Gorgias et surtout le mythe d’Er à la fin de la République. Ces textes associent jugement de l’âme, conséquences des choix et nouvelles existences, mais sous la forme de mythes philosophiques qu’il faut lire dans leur contexte.
Plotin et le néoplatonisme
Plotin reprend la question du destin de l’âme dans une métaphysique de la procession et du retour vers l’Un. Les néoplatoniciens ont ensuite développé des conceptions variées du parcours de l’âme, parfois en dialogue avec les traditions pythagoriciennes et platoniciennes.
Giordano Bruno : âme universelle et métamorphose
À la Renaissance, Giordano Bruno réinterprète la métempsycose dans le cadre de sa philosophie de la nature, de la matière et de l’âme universelle. Son approche ne peut pas être assimilée directement aux doctrines indiennes : elle appartient à l’histoire propre du platonisme, de l’hermétisme et de la philosophie renaissante.
Schopenhauer : palingenèse et continuité
Arthur Schopenhauer s’intéresse aux doctrines indiennes et emploie notamment la notion de palingenèse. Sa réflexion est philosophique : elle ne correspond pas simplement à l’idée populaire d’une personnalité individuelle qui se conserverait intacte d’une existence à l’autre.
Allan Kardec et le spiritisme français
Au XIXe siècle, Allan Kardec fait de la pluralité des existences un élément central du spiritisme français. Son œuvre a profondément influencé la manière dont la réincarnation a été discutée dans les milieux spiritualistes francophones.
Rudolf Steiner et l’anthroposophie
Rudolf Steiner place réincarnation et karma au cœur de l’anthroposophie. Il s’agit ici d’un enseignement spirituel moderne, distinct à la fois des traditions indiennes anciennes et de la recherche académique contemporaine.
Mircea Eliade : comparer sans confondre
Mircea Eliade, historien des religions, a étudié de nombreux systèmes de croyances liés à l’âme, à la mort, au chamanisme et aux renaissances. Son travail a eu une influence considérable, tout en faisant l’objet de critiques méthodologiques. Il est utile surtout comme repère dans l’histoire des études comparées des religions.
Ian Stevenson et Jim Tucker : enquêter sur des récits
Au XXe puis au XXIe siècle, Ian Stevenson et Jim B. Tucker, à l’Université de Virginie, ont étudié des cas où des personnes rapportaient des souvenirs attribués à une existence antérieure. Ces travaux constituent un corpus de recherche controversé et ne doivent pas être confondus avec une démonstration générale de la réincarnation.
À replacer dans les traditions
Pour éviter les rapprochements trop rapides, comparez ces auteurs avec les Upanishads et la Bhagavad-Gîtâ, la renaissance bouddhique, la tradition chinoise, les chamanismes et les christianismes anciens.